Session 126 : Séries emblématiques, cinéma d’auteur et concurrence féroce au service de l’écosystème wallon

Le Conseil décentralisé des coproductions (CDC) s’est réuni le 13 octobre 2025 pour examiner les dossiers soumis lors de la 126e session de Wallimage. Cette session a mis en évidence, à l’instar des précédentes, un remarquable éventail de projets ambitieux, dont la quasi-totalité s’avère particulièrement prometteuse pour la Région wallonne.

  • 07.11.2025

La demande globale représentant environ 200 % de l’enveloppe disponible, la sélection s’est révélée très exigeante. Néanmoins, des sollicitations individuelles légèrement moins élevées qu’à l’accoutumée ont permis cette fois de cofinancer 11 œuvres sur 17, générant un retour sur investissement minimum de 789 %. Si la décision de ne pas retenir certains films et séries d’excellence demeure frustrante et susceptible de fragiliser des partenariats de longue date entre producteurs belges et étrangers, le bilan n’en reste pas moins très favorable pour la Wallonie.

Fictions et documentaires made in Belgium

Quatre projets, caractérisés par un financement majoritaire ou un rôle clé du producteur délégué belge, ont été retenus, soulignant notre engagement envers des sujets historiques et sociétaux nationaux.

Porté par Versus (Opus) srl (Liège), A man of the world est à la fois un drame et un thriller psychologique. Réalisé par Anne Paulicevich, le film s’inspire du journal de Ranuccio Bianchi Bandinelli, un historien de l’art antifasciste contraint, en 1938, de guider Hitler et Mussolini à Rome. Confronté à un dilemme moral complexe, il est contacté par la résistance pour participer à un attentat. Versus est producteur délégué et majoritaire en tripartite, assurant près de 40 % du financement. Ce projet, développé sur six ans, est particulièrement ambitieux, nécessitant un tournage multilingue dans trois pays (4 jours en Wallonie) avec des techniciens, des acteurs et des figurants régionaux. La postproduction inclut le bruitage, le mixage, ainsi que d’importants effets visuels numériques (VFX).

Également produite par Versus (Opus) srl, Hunters est une série bilingue en 6 épisodes, imaginée et mise en images par Mathieu Mortelmans. Elle s’inspire de faits réels et suit les Unités Spéciales belges traquant les terroristes des attentats de Paris et Bruxelles, explorant l’impact psychologique de ces missions. Le scénario, fascinant par son mélange de rigueur documentaire et de profondeur émotionnelle, est basé sur le livre Chasseur de Terroristes d’un ancien membre des Unités Spéciales. Le casting réunit notamment Matteo Simoni, Jonas Bloquet et Laura Sepul. Le projet a accompli la prouesse de convaincre la VRT et la RTBF en coproduction, avec l’engagement de 7 chaînes publiques européennes (l’Alliance) . Le scénariste liégeois Domenico La Porta est à nouveau impliqué. Douze jours de tournage sont prévus en Wallonie (20 % du total), mobilisant 12 techniciens locaux et la location de matériel chez des sociétés comme TSF et Eye-Lite.

Développée par Sequel prod SRL, Haemers, une histoire de famille est une série de 4 épisodes qui offre une approche originale du célèbre truand Patrick Haemers en racontant sa dérive criminelle à travers le regard de sa mère, Liliane. Réalisée par Delphine Lehericey, la série se concentre sur la lutte de Liliane pour soustraire son petit-fils à cet héritage génétique. Yoann Zimmer, Astrid Whettnall, Jan Hammenecker et Mara Taquin devraient occuper les rôles clés de ce projet 100 % belge qui a obtenu l’accès aux véritables archives de la famille Haemers. Onze jours de tournage sont prévus en Wallonie. Les prestations sur le plateau et en postproduction incluent la mobilisation de 26 techniciens, le mixage et le montage son, des effets visuels numériques (VFX), ainsi que la location de matériel

Portée par Scope Pictures sprl, L’infortune des Ullens revient en trois épisodes sur le drame familial et judiciaire survenu en 2023, lorsque Nicolas Ullens a abattu sa belle-mère Myriam sous les yeux de son père, le baron Guy Ullens. Co-réalisé par Alexandra Kandy Longuet et Julie Denayer, le projet expose les conflits intimes d’une aristocratie secrète et interroge les tensions sociales, capitalisant sur l’attrait du true crime. Environ 8 jours de tournage sur les 15 totaux se dérouleront en Wallonie, dans des lieux tels que Lasne, Nivelles et Charleroi, impliquant huit techniciens et de la location. La postproduction sera intégralement wallonne, avec des VFX assurés par Benuts et l’utilisation d’archives de la Sonuma. RTL est coproducteur, ciblant une diffusion en prime time.

L’Ambition des Coproductions Internationales

Les films d’auteurs et de genre continuent de générer d’importantes retombées techniques pour la Région.

Parmi eux, Bianco, à la fois drame d’aventure, biopic et thriller de survie, produit par Tarantula Belgique scrl (Liège). Réalisé par Daniele Vicari, Bianco est inspiré de la « tragédie du Frêney » de 1961, relatant la lutte désespérée de l’alpiniste Walter Bonatti et de ses compagnons, pris dans une tempête sur le Mont-Blanc. Le casting européen inclut Alessandro Borghi, Pierre Deladonchamps, Finnegan Oldfield et Jonas Bloquet. Ce projet, qui mobilise une équipe son wallonne sur un tournage en montagne, promet une forte ambition visuelle et une immersion spectaculaire grâce à une modélisation 3D du Mont-Blanc. L’impact sur l’écosystème technique wallon est notable, car l’intégralité des VFX est confiée à Benuts, soit un investissement de 1,2 M€ et 23 opérateurs au travail.

Coproduction de Wrong Men North srl, A few miles south se présente comme une épopée d’aventures, teintée de genre et d’humour (très) noir. Réalisé par Ben Pearce, elle suit le Capitaine Thorne et son second Wright, deux explorateurs polaires qui sombrent dans une spirale de folie en raison de l’obsession de Thorne pour la postérité. Le film met en vedette le prodigieux Toby Jones et Daryl McCormack. Bien qu’aucun jour de tournage ne se déroule en Wallonie, l’équipe son (Quentin Colette) et maquillage (Sandra Campisi) est déployée en Irlande et en Islande. Les prestations clés wallonnes sont attribuées aux VFX chez UFX Wallonie, à la post-production image (hors montage) chez Studio l’Equipe, et à la post-production son. Le projet, qui sera mis en musique par le Wallon Yves Gourmeur, s’inscrit parfaitement dans les stratégies de coproduction internationale de genre à haute valeur ajoutée de Wrong Men… et de Wallimage.

La compagnie cinematographique srl coproduit Histoires Parallèles, drame psychologique signé par Asghar Farhadi, doublement oscarisé pour Une Séparation et Le Client. Le film épouse le point de vue de Sylvie, une romancière à succès très isolée, qui puise dans sa propre vie pour écrire un nouveau livre, ce qui fait s’estomper les frontières entre fiction, réalité et mémoire. Le casting est de tout premier plan, incluant Isabelle Huppert, Virginie Efira, Vincent Cassel, Pierre Niney et Adam Bessa. Difficile de faire mieux. L’apport de Wallimage, bien que modeste, concerne essentiellement la postproduction. Les prestataires wallons prennent en charge l’ingénierie son, le mixage/montage son/bruitage (impliquant par exemple Genval les Dames et Bardaf), et les VFX chez MPC Liège. Ce projet prestigieux vise bien sûr une sélection cannoise en 2026, mais pourrait également attirer un public conséquent en salles.

Caméra Café, prime 2, une coproduction d’Umedia Production SA, réalisée par Raphaël Lenglet, est un deuxième prime spécial faisant suite à la série culte. Il raconte les déboires de Jean-Claude Convenant et Hervé Dumont engagés dans une quête (désastreuse) pour obtenir la retraite à taux plein, alors qu’il leur manque douze trimestres. Bruno Solo, Yvan Le Bolloc’h et une partie de l’équipe des capsules diffusées à l’époque sur RTL seront de cette aventure qui bénéficie d’un ancrage régional très fort : 19 jours de tournage sur 20 se déroulent en Wallonie avec 31 techniciens. Les dépenses wallonnes couvrent notamment la post-production son et image, des VFX chez Benuts, et la location de matériel.

L’Animation Wallonne en Pleine Croissance

Long métrage d’animation coproduit par Belvision SA (Marcinelle), Yakari, Cœur de Brave sera confié à Xavier Giacometti, auteur des deux dernières BD de la série. Il propose ici une nouvelle dimension visuelle en 3D pour conter la quête de Yakari et Arc-en-Ciel, qui vont devoir sauver leur ami Graine-de-Bison. Dreamwall effectuera 50 % de l’animation et prendra en charge la direction de ce segment, mobilisant l’équivalent de 13,7 ETP sur un an. Le mixage a été confié au studio wallon Stand Up. L’arrivée d’un deuxième prestataire wallon sur ce type de projets est toujours un atout.

Portée par 20 Pictures to Midnight SRL, désormais implantée à Mons, Melody & Momon est une série en 3D (52 épisodes de 7 minutes) réalisée par l’Italien Yuri Perrini. Elle raconte les aventures de Melody, petite fille passionnée de chant, et de Momon, son chien musical magique, qui transforment les défis du quotidien… en chansons. Le casting vocal inclut Lou Lefebvre, Martin Meersman et Audrey Devos. Ce projet représente une montée en puissance impressionnante pour le jeune studio, montois lui aussi, 20STM, qui assure le quart du budget global, écrit 12 des 52 épisodes, réalise 50 % de l’animation et internalise des postes clés. Une vraie success story wallonne, portée par des entrepreneurs wallons, qui ont su s’adosser à Wallimage pour gagner leurs galons et s’implanter dans le paysage audiovisuel régional.

Les chiens ne font pas des chats, enfin, est un long métrage coproduit chez nous par Umedia Production SA.Imaginé par Alain Gagnol (connu notamment pour Une vie de chat), cette comédie familiale suit Jeanne, une sémillante mamy qui parle aux animaux, alors qu’elle part en road-trip avec ses petits-enfants Lola et Jules pour retrouver Maxime, un adolescent disparu dans des circonstances mystérieuses. Le casting vocal est prestigieux, réunissant notamment Josiane Balasko, Philippe Katerine, Golshifteh Farahani et Patrick Ridremont. Le film est confié en partie au studio liégeois Waooh ! pour la fabrication. Le montage son, le bruitage et le mixage sont également assurés en Wallonie.

Prochaine session

Le dépôt des dossiers pour la prochaine session de financement est fixé au jeudi 13 novembre. Cette date représente la dernière chance de l’année pour décrocher un soutien régional en vue de la réalisation d’œuvres audiovisuelles proposant des retombées économiques majeures pour la Wallonie.