Fictions : L’ambition belge et le modèle industriel liégeois
Le segment des prises de vues réelles s’ouvre sur une démonstration de force de nos talents, avec des projets qui n’hésitent plus à s’attaquer à des genres complexes comme l’anticipation ou le “True Crime”.
Un des projets le plus singulier, retenu ici, est Devolution. Porté par Tarantula Belgique et le réalisateur Nicolas Boucart, ce drame d’anticipation marque une étape décisive dans la carrière du cinéaste. Technicien machiniste de formation, Boucart avait déjà impressionné la critique avec son formidable court métrage Icare, primé aux Magritte (et visible sur youtube). Il revient ici avec une dystopie d’une ambition folle, fruit de sept ans de développement. L’histoire nous plonge trente ans après qu’un virus a provoqué la “dévolution” des hommes en quadrupèdes. Dans cet univers où l’humanité a changé de visage, Anna, une jeune femme enceinte, fait une découverte porteuse d’espoir. Pour crédibiliser cet univers, la production s’est entourée d’expert·e·s, notamment linguistiques. Le tournage passera cinq jours en Wallonie, mobilisant 38 technicien·ne·s, mais c’est surtout en post-production que l’expertise locale sera sollicitée pour les VFX, l’image et le son.
Toujours chez Les Films du Fleuve, L’Or Rouge est le premier long métrage de fiction de Mathieu Volpe, un talent issu du documentaire. Ce drame social percutant suit Mariama, une mère sénégalaise qui infiltre un ghetto de travailleur·euse·s agricoles dans le sud de l’Italie pour retrouver son fils. Si le tournage se déroule logiquement en Italie, l’ancrage wallon est stratégique : il repose sur l’emploi de chef·fe·s de poste clés sur le plateau et une post-production sonore intégralement confiée au studio Bardaf qui vient tout juste de déménager à Waterloo.
Enfin, Faits réels, produit par Jungle Films, illustre une réussite industrielle remarquable. Ce projet regroupe deux unitaires télévisés inspirés des affaires criminelles du « Grêlé » et de la prise d’otages de « Human Bomb » à la maternelle de Neuilly. La force du modèle mis en place ici réside dans la capacité à délocaliser intégralement en région liégeoise des intrigues purement françaises. Sous la houlette du producteur exécutif Nicolas Georges, les équipes techniques wallonnes, fidélisées de tournage en tournage, démontrent une efficacité qui séduit les diffuseurs comme M6. Réalisés par Olivier Chapelle et Michael Dupret, ces films emploieront 41 technicien·ne·s et s’appuieront sur le Studio L’Equipe pour la post-production, pérennisant ainsi l’activité d’une filière complète.
Coproductions internationales : Blockbusters et alliances stratégiques
Le savoir-faire wallon continue d’attirer des projets d’envergure européenne, qu’il s’agisse de fresques historiques spectaculaires ou de séries fédératrices.
Avec La Bataille de Gaulle, Beside Productions participe à un des grands événements cinématographiques français de l’année 2026. Réalisé par Antonin Baudry, à qui l’on doit Le Chant du Loup, ce diptyque monumental retrace l’épopée du Général, de la débâcle de 1940 à la légitimité de la France Libre. Porté par un casting prestigieux et une mise en scène ample et spectaculaire, le film bénéficiera d’une stratégie de diffusion événementielle, avec une sortie des deux volets espacées de deux mois seulement. Si le tournage est externe, la Wallonie signera une partie de la spectaculaire identité visuelle du film grâce aux effets spéciaux numériques réalisés par le studio Benuts.
Beside Productions frappe un autre grand coup avec The Emperor’s Stone, une série d’aventures familiale réalisée par Alice Troughton. L’intrigue suit la famille Levasseur dans une chasse au trésor mythologique face à des Templiers modernes Le projet a été sélectionné par l’Alliance européenne réunissant France Télévisions, ZDF et RAI et a su également convaincre CBS Studios (Paramount) pour la vente internationale. Initialement prévue au Canada, toute la post-production a été rapatriée en Wallonie : le studio Benuts assurera les VFX pour une somme très conséquente, tandis que le montage image, l’étalonnage et toute la chaîne sonore seront réalisés chez nous, validant l’attractivité de nos infrastructures.
L’Animation : trois longs métrages pour les grands enfants et les adultes.
Le secteur de l’animation confirme son dynamisme avec trois projets aux styles très différents, générateurs d’un volume d’emploi impressionnant.
Le retour des Lascars 2, coproduit par Umedia Production, est un événement pour la “génération Canal+”. Réalisé par Laurent Nicolas, ce long métrage en 2D promet une comédie urbaine déjantée, envoyant Tony et José à Marseille dans une histoire d’héritage volé. Fait notable : le producteur français Millimages a choisi de confier l’intégralité de l’animation du film qui n’est pas prise en charge en France au studio liégeois Waooh!, héros de cette session en s’offrant un grand schlem mémorable. Cette charge de travail colossale occupera ici 59 technicien·ne·s wallon·ne·s pour 6 327 jours/H&F de travail. Cela représente près de 29 ETP s/ 1 an !
Dans un registre plus poétique, Un monde à part, coproduit par Belvision et réalisé par Carmen Córdoba, nous transporte dans l’Espagne de 1929. On y suit le combat d’Emilia pour devenir artiste peintre malgré les carcans sociaux. Pour ce film aux thématiques féministes fortes, la fabrication de l’image (layout, décors, animation) est confiée au studio Waooh! à Liège qui s’occupera du layout, des décors et fabriquera 20 minutes d’animation (10 animateur·rice·s, 2 leads). La post-production sonore (mixage) sera effectuée chez Stand Up Audio qu’on retrouve de plus en plus souvent dans nos dossiers. Au total, cela représente près de 9 ETP s/ 1 an.
Enfin, Golem, porté par Tarantula Belgique, scelle le retour du maître de l’animation tchèque Jirí Barta. Cette fable surréaliste d’une exceptionnelle acuité raconte comment un étudiant réanime un Golem dans le Prague de 1955, déclenchant un cauchemar totalitaire. Mêlant prises de vues réelles et animation, ce projet de prestige confie au studio Waooh! des tâches à haute valeur ajoutée comme l’animation et le compositing.
Conclusion
La diversité et l’ambition de cette rentrée augurent d’une année faste pour nos technicien·ne·s et nos studios et naturellement la dynamique se poursuit sans attendre : la date limite de dépôt pour la prochaine session est fixée au jeudi 26 mars.