Session 130 : 12 projets soutenus dont quatre œuvres initiées en Belgique.

Le Conseil décentralisé des coproductions de Wallimage s’est réuni le lundi 29 juin pour clôturer la 130e session de financement du fonds wallon. Pas moins de douze projets ont été retenus, pour un investissement total de 1 337 000 €, générant des dépenses minimales en Région wallonne estimées à 10.126.049,49 €, soit un taux minimum de réinvestissement de 757,37 %. Ces chiffres ne reflètent, bien entendu, que les dépenses audiovisuelles éligibles auprès de Wallimage, les recettes annexes générées par les tournages en région venant encore les amplifier dans d’importantes proportions.

  • 08.07.2026

La sélection couvre un spectre éditorial particulièrement large : polar wallon, comédie dramatique sociale, drame sportif d’auteur, thriller médical en série, documentaire géopolitique, drame historique d’époque, récit urbain de genre, comédie grand public, séries policières transfrontalières et animation jeunesse. Mais c’est un chiffre, plus que tout autre, qui retient l’attention : pas moins de quatre œuvres initiées en Fédération Wallonie-Bruxelles ont été retenues. C’est rare. Et enthousiasmant.

Made in Belgium

Quatre producteurs délégués belges francophones portent donc un projet majoritaire, initié chez nous lors de cette session. Un équilibre rare entre ancrage régional et ambition artistique, qui témoigne de la vitalité de l’écosystème audiovisuel wallon.

Frakas Productions signe avec Parabellum un polar noir intoxiqué à la poudre et à la culpabilité, réalisé par Giordano Gederlini, à qui l’on doit déjà Entre la vie et la mort. Trente jours de tournage, intégralement en Wallonie à Liège, Visé, Hermalle-sous-Argenteau et Blégny, sont prévus pour suivre Pascal, ancien footballeur déchu dont le basculement dans la violence se révèle inexorable quand il entre en contact avec une arme à feu qui le fascine. Jean-Pascal Zadi incarne ce personnage ordinaire happé par la force des armes, face à Bouli Lanners en armurier-trafiquant aux airs de notable tranquille. Sur le plateau : cinquante-six techniciens wallons, chef électricien, machiniste et monteur son en tête, et la postproduction image et son confiée au Studio L’Equipe.

Dans un tout autre registre, Kwassa Films produit Comme une grande, premier long métrage d’Adriana Da Fonseca, révélée par la série Baraki. Cette comédie dramatique suit Violette, jeune femme trisomique et sa lutte pour prouver sa capacité à être femme et mère malgré les règles administratives et les réticences familiales. Kwassa, habituellement ancrée à Bruxelles, a délocalisé la quasi intégralité de son tournage en Wallonie (trente jours sur trente-cinq), notamment à la Baraque de Fraiture. Une longue liste de techniciens régionaux est engagée : équipes costumes, maquillage, décor, éclairage  et chef machiniste .

Du côté des séries, Kozak Films présente Laura, six épisodes de cinquante-deux minutes réalisés par Maxime Pistorio. Olivia Côte (Antoinette dans les Cévennes, Les Cyclades) y campe une infirmière en chef qui mène une enquête sur une mort suspecte à l’hôpital, alors que sa propre fille gravement malade va devoir subir une opération capitale. La série sera diffusée sur la RTBF et sur 13ème Rue en France, avec une exploitation non linéaire via Universal+. Dix jours de tournage en Wallonie mobiliseront dix-neuf techniciens, KGS Wallonia , Benuts , et le Studio L’Equipe Wallonie pour la postproduction image et son.

Enfin, avec Last Frontier, c’est une échelle radicalement différente que convoque Les Films de la Passerelle, avec Quentin Noirfalisse à la réalisation. Ce documentaire d’enquête de quatre-vingt-dix minutes suit la course aux minéraux des grands fonds marins et de l’espace, présentée sous couvert de transition énergétique. La Belgique y tient un rôle central puisque les activités de la société de dragage DEME sont au cœur du récit. Les négociations aux Nations Unies pour l’adoption d’un code minier international prévue cette année donnent au film une urgence particulière. Coproduit avec la RTBF et ARTE, Last Frontier mobilise en Wallonie le réalisateur lui-même, l’ingénieure son Céline Bodson, la cheffe monteuse Gaëlle Hardy, le mixeur Pascal Zander, et les prestataires WNM pour la location son et Cetemi pour le montage image.

La France reste un partenaire privilégié

Trois films initiés en France s’appuient très largement sur la Wallonie pour leurs tournages, leur postproduction ou les deux.

Tarantula, habitué des coproductions européennes, porte À la faveur du roi, réalisé par Rémi Giordano. Ce long métrage historique franco-canado-belge plonge le spectateur dans la cour d’Henri III où les intrigues privées bousculent la grande histoire. L’essentiel du tournage se déroulera au château d’Ancy-le-Franc, dont l’atmosphère d’enfermement servira directement la tension dramatique voulue par le metteur en scène. Théodore Pellerin, Félix Kysyl, Filippo Scotti et Valeria Golino composeront à l’écran le quatuor principal. Malgré l’absence de tournage en Wallonie, les dépenses régionales sont intéressantes : chef décorateur Igor Gabriel, chef électricien Stanislas Etenaille, scripte Elise Van Durme, TSF.be pour l’électro, et les effets visuels numériques confiés à MPC.

Co-écrit avec Jacques Audiard, Celles qui parlaient tout le temps d’Héléna Klotz, coproduit par Frakas Productions, aborde un sujet douloureux puisqu’il aborde de front le mal-logement étudiant, avec une urgence et une brutalité sociale que l’on associe volontiers aux meilleurs films de genre urbain. Kahila, dix-sept ans, et sa petite sœur Marie, onze ans, viennent d’être expulsées de leur logement. Le jour, elles tentent de maintenir une façade scolaire impeccable tout en survivant dans la rue la nuit tant bien que mal. , Ciné+ – OCS et HBO Max ont déjà préacheté le film. Les dépenses wallonnes couvrent des techniciens sur tournage, une postproduction son complète et des dépenses de production.

Avec Le client est roi, Umedia Production SA mise de son côté sur la comédie française de gros calibre avec Christian Clavier, Maxime Gasteuil, François Berléand et Audrey Lamy plongés dans un palace ibizien chaotique au bord de la faillite. Arnaud Lemort, à qui l’on doit le succès d’Ibiza en 2019, est à la réalisation. Le tournage se déroule intégralement sur l’île espagnole, mais la postproduction image et son ainsi que les effets visuels sont entièrement localisés en Wallonie : le Studio L’Equipe Wallonie assure le montage son, le bruitage, le mastering, la conformation et l’étalonnage ; UFX Studios mobilise douze personnes pour les VFX. France Télévisions, Disney+ et Netflix figurent parmi les diffuseurs pré-acheteurs. Une coproduction qui devrait nous en amener d’autres, très alléchantes.

Des coproductions venues d’ailleurs

Trois coproductions minoritaires venues d’Allemagne, du Québec et d’Espagne complètent la section prises de vues réelles, confirmant l’attractivité du tissu technique wallon bien au-delà des frontières francophones.

C’est une proposition très enthousiasmante que porte Beside Productions avec les deux premiers épisodes d’Eifeltod, série d’unitaires germano-belges de nonante minutes. Le projet ambitionne d’installer une franchise policière pérenne dans la région frontalière belgo-allemande, sur le modèle de Die Toten vom Bodensee, un succès qui dure depuis 2014. Un duo composé d’une Belge empathique et d’un Allemand neuroatypique, tente de résoudre des crimes dans les magnifiques paysages des Hautes Fagnes et d’Eupen. L’ancrage wallon est massif : quarante jours de tournage intégralement en région, mobilisant la directrice de production Lena Giovanelli, le régisseur Samuel Palm, la décoratrice Perrine Lejeune, la costumière Claudine Tychon, la maquilleuse Sandra Campisi et le machiniste Nicolas Mambourg, avec TSF.be, Eat Me et Bardaf en prestataires. Sans oublier la perspective d’une récurrence annuelle très emballante.

Venu du Québec, Kiki est coproduit par Echo Bravo et réalisé par Colin Nixon. Le film suit Kiki, jeune fille neuroatypique elle aussi (voir projet précédent) se rebellant contre la médication forcée et le système scolaire, une thématique d’une brûlante actualité au Canada. Il faut rappeler que le premier film coproduit par Echo Bravo a décroché l’Ours d’argent du meilleur scénario à Berlin. Le tournage est ici intégralement canadien ; l’implication wallonne passant par des techniciens envoyés au Québec (scripte, cheffe maquilleuse et cheffe coiffeuse) et par une postproduction massive confiée au studio Bardaf nouvellement installé à Waterloo : conception sonore, mixage, étalonnage et livrables y mobiliseront neuf techniciens.

Quatrième coproduction entre Wrong Men et l’Espagne, Le fond du lac sera réalisé par l’expérimenté Isaki Lacuesta. Ce drame fantastique se déroule en 1988 à Banyoles, en Catalogne, en pleine fièvre olympique. Quand Jan disparait, Ivan, treize ans retrouve son ami caché près du lac. Il accepte de ne pas révéler ce secret à la police qui mène les recherches dans le lac où tout le monde le croit noyé. Mais dans cette histoire rien n’est vraiment ce qu’il semble être. Les dépenses wallonnes se concentrent sur la postproduction : Bardaf pour le montage son, le mixage et le bruitage, MPC Liège pour les effets visuels, et le Studio Daft pour la musique originale. RTVE, Movistar, HBO Max et Netflix sont engagés dans la diffusion.

Deux séries animées pour les plus petits

L’animation confirme, session après session, sa place irremplaçable dans la stratégie de Wallimage. Deux séries aux univers très différents intègrent ici le line-up de Wallimage grâce aux effets de structuration qu’ils provoquent à Marcinelle et à Liège.

La saison 2 de Billy le hamster cowboy, coproduciton franco-belge entre Bardaf ! Productions et Dandelooo sera réalisée par Cédric Guarneri. Quarante-huit épisodes de onze minutes, deux spéciaux de vingt-deux minutes, et une nouveauté de taille pour ce second passage : la postproduction sonore, jusqu’ici réalisée en France, est désormais transférée chez Genval-les-Dames en Wallonie, renforçant significativement l’ancrage régional du dossier. La saison introduit l’arrivée du chemin de fer à PetiteVille, un bouleversement narratif qui élargit l’horizon de Billy, cow-boy sédentaire sans monture ni arme, porte-drapeau de valeurs d’amitié et de pacifisme très identifié chez les enfants. Le studio liégeois Waooh ! prend en charge l’animation 2D de vingt-quatre épisodes pour 2 303 jours de studio. France Télévisions, RTBF et TV5 Monde sont partenaires de diffusion.

Belvision, de son côté, entre dans la production de Wonder Pony, cinquante-deux épisodes de onze minutes réalisés par Éric Gosselet et adaptés de l’œuvre de Marie Spénale. Louison, jeune pensionnaire d’une colonie de vacances ensoleillée, reçoit de Jean-Pierre, un poney rose magique aux conseils souvent décalés, la mission de protéger ses camarades contre des monstres nés de leurs émotions négatives. La série mise sur une identité visuelle et sonore très marquée pour cibler les six-dix ans : univers graphique inspiré des paysages du Languedoc, approche musicale contrastée, entre calme, silence et dynamisme, avec des influences variées et une touche surf rock. Dreamwall, à Marcinelle, est au cœur du dispositif wallon, assurant le storyboard et l’animation cut-out avec une équipe de seize personnes pour 4 034 jours de fabrication prévus sur dix-huit mois. France Télévisions et la RTBF sont partenaires et la série suscite également l’intérêt de la VRT et ZDF-Kika.

Rendez-vous à la rentrée

Les producteurs souhaitant soumettre un dossier pour la prochaine session ont jusqu’au jeudi 10 septembre pour déposer leur candidature. On notera qu’il s’agira de la dernière session de 2026 et que les discussions de préparation débuteront le 2 septembre. D’ici là, si vous avez la chance d’en prendre, nous vous souhaitons d’excellentes vacances.