Fort potentiel commercial
Parmi les projets sélectionnés, le cinéma de divertissement grand public est bien représenté avec deux productions majeures, taillées pour conquérir les salles obscures et portées par des budgets conséquents.
Le premier projet retenu, Avis de tempête (Umedia Production), marque le retour de la comédie d’espionnage populaire à la française. Réalisé par Ludovic Bernard, ce long métrage nous plonge en décembre 1962, en pleine crise des missiles de Cuba. L’histoire, rocambolesque à souhait, met en scène un André Malraux survolté, incarné par Christian Clavier, chargé par le Général de Gaulle de prêter la Joconde aux États-Unis pour amadouer l’allié américain. Avec un budget de plus de 18 millions d’euros, ce film promet de renouer avec l’esprit culte de Papy fait de la résistance. Pour la Wallonie, l’impact est significatif avec un ratio de plus de 1.000 % : outre quelques jours de tournage, notamment au Palais des Beaux-Arts de Charleroi, le tournage mobilise 22 techniciens wallons sur le plateau, incluant des chefs de poste clés tels que le chef décorateur, le chef électricien ou le chef machiniste. Les effets visuels numériques seront confiés au studio Benuts.
Le second projet, Lords of War (Beside Productions), est une perle. Vingt ans après Lord of War, chef-d’œuvre cynique aujourd’hui considéré comme un film culte, le réalisateur Andrew Niccol reprend du service pour cette suite très attendue. Nicolas Cage y incarne à nouveau l’un de ses personnages iconiques, celui du trafiquant d’armes Yuri Orlov, ici confronté à une concurrence intime, impitoyable et inattendue. Ce projet international d’envergure, doté d’un budget colossal de 43,45 millions d’euros, ancre la Wallonie sur la carte mondiale des tournages. La production engage 15 techniciens wallons pour les prises de vues, dont des repéreurs et un DIT. De plus, la post-production sonore sera massivement wallonne, impliquant 8 techniciens spécialisés, notamment au Studio L’Équipe Wallonie.
Pour les écrans domestiques
Dans le registre du thriller psychologique, Maman (Les Gens) a été conçue comme une suite autonome de la série Attraction, primée à La Rochelle. Écrite par Barbara Abel et Sophia Périé, réalisée par Indra Siera, cette production est cette fois 100 % belge. L’intrigue se noue autour de Maxine, médecin, qui voit son équilibre voler en éclats lorsque sa mère Édith, qu’elle n’a pas vue depuis quinze ans à la suite d’une tragédie familiale, réapparaît dans sa vie. Avec 28 jours de tournage en Wallonie sur 36, l’ancrage régional est total. Outre les 28 techniciens présents sur le plateau, la filière wallonne prend en charge l’intégralité de la post-production : du montage image à l’étalonnage et au mastering, en passant par le son et les effets visuels (VFX). Notons également que la bande originale sera composée par le musicien montois Yves Gourmeur.
Les derniers jours de Charles Baudelaire (Saga Film) est une adaptation télévisuelle du roman de Bernard-Henri Lévy, réalisée par son épouse Arielle Dombasle pour France Télévisions. Ce drame historique et poétique explore l’agonie du poète maudit à Bruxelles, entre réalité et hallucinations provoquées par le laudanum. Le projet se distingue par un ancrage régional total : les 20 jours de tournage se dérouleront intégralement en décors naturels en Wallonie, principalement à Liège et ses environs, maximisant les retombées pour les 35 techniciens wallons impliqués et les figurants locaux. L’implication wallonne se poursuit bien au-delà du plateau puisque la post-production sera également réalisée en région : le montage son, l’étalonnage ainsi que les effets visuels (VFX) seront confiés à des prestataires locaux.
Enfin, la plateforme Amazon Prime accueillera Marave (Be-Films), une comédie dramatique sur fond de MMA réalisée par Nathanaël Guedj et Adrien Piquet-Gauthier. Le film raconte l’histoire de deux frères que tout oppose : Georges, un coach sportif “bancal”, et Manolo, un forain au grand cœur, réunis après la mort de leur père. Porté par le duo Ramzy Bedia et Redouane Bougheraba, le tournage fera escale en Wallonie pour une dizaine de jours, mobilisant 17 techniciens locaux, dont le régisseur général et l’accessoiriste de plateau. La post-production sonore sera également assurée par des talents locaux renommés, comme le mixeur Mathieu Cox.
Coproductions internationales
L’ouverture vers l’international reste une priorité pour Wallimage, avec deux projets de coproduction minoritaire qui diversifient les horizons créatifs.
Venu d’Allemagne, Jukli (Velvet Films), réalisé par Hannah-Lisa Paul, est un road movie familial touchant destiné au jeune public. Le film suit Flora, une jeune fille têtue qui se lance dans un périple improbable entre l’Allemagne et la France accompagnée de Jukli, un ânon géant. Si le tournage principal est allemand, la Wallonie accueillera l’équipe pour une dizaine de jours, simulant notamment des décors français. Le projet mobilise 34 techniciens wallons sur le tournage, dont une équipe caméra complète et un dresseur animalier. L’apport wallon se prolonge en post-production puisque le bruitage, le mixage ainsi que la composition de la musique originale seront intégralement réalisés en région.
De l’autre côté de l’Atlantique, Trish (Tarantula), réalisé par Emanuel Hoss-Desmarais, marque des retrouvailles bienvenues de Wallimage avec le Canada. Inspiré par le scandale des Panama Papers, ce film mêle comédie sociale et drame. L’intrigue suit Trish, une comptable montréalaise indignée par la cupidité de ses patrons, qui décide de détourner des fonds pour sauver un dojo de quartier. Ce projet met l’accent sur la post-production en Wallonie : l’intégralité de la bande originale, composée par Vincent Cahay, ainsi que le montage son et l’étalonnage seront réalisés chez nous, offrant un ratio de dépense très satisfaisant pour une coproduction transatlantique.
Films de genre
Le cinéma de genre, un territoire souvent exploité par Wallimage, est représenté à cette session par deux œuvres radicales portées par des coproducteurs wallons.
Stéphanie (Tarantula), une coproduction irlandaise réalisée par Fergal Costello, s’annonce comme une expérience viscérale. Ce film d’horreur expérimental adopte l’esthétique du “faux plan-séquence”, raccordant 34 plans pour une immersion totale. L’histoire suit Joe et sa compagne Stéphanie, dont la nature vampirique se réveille au contact du sang, transformant leur cavale en cauchemar. Une équipe de 17 techniciens spécialisés a été identifiée pour travailler sur ce projet, couvrant la composition musicale, le montage son, le mixage et les effets visuels complexes.
Dans une veine assez similaire, Monstre (Sequel Prod), réalisé par Franck Victor, propose une relecture contemporaine de Carrie à l’ère des réseaux sociaux. Le récit suit Gwladys, une jeune femme dotée de pouvoirs télékinétiques, dont la vulnérabilité, transformée en spectacle viral, va déclencher une spirale de violence. Coproduit avec le Luxembourg et la France, le tournage implique 4 techniciens locaux, tandis que la post-production mobilise une équipe complète pour le son et l’étalonnage.
L’animation en force
Le secteur de l’animation wallonne confirme sa vitalité exceptionnelle avec trois projets sélectionnés, garantissant une charge de travail massive pour les studios de Marcinelle et de Liège.
Peyo Productions, basé à Rixensart, franchit une étape majeure de son histoire avec ce projet autour des Schtroumpfs destiné à la télévision. Pour la première fois, la société wallonne est seule à la barre pour produire de nouvelles aventures des lutins bleus, faisant de ces deux épisodes spéciaux une initiative 100 % belge. Réalisés par l’Américain Robert Briggs, ces unitaires de 22 minutes (“Bébé Schtroumpf” et “Gargamel et la pierre philosophale”) s’inscrivent dans une stratégie wallonne très ambitieuse portée par le studio. L’ancrage local est massif : outre le développement graphique et la post-production sonore confiée à Sonhouse, l’animation 3D sera intégralement réalisée chez Dreamwall à Marcinelle. Ce volume de travail assure plus de 1.100 jours-homme, pérennisant ainsi l’activité des équipes entre deux saisons régulières.
À Liège, le studio Waooh! tire particulièrement son épingle du jeu avec deux séries d’envergure. La bande à Ducobu (Umedia), réalisée par Aleksandar Dzoni-Sopov, adapte l’univers culte de la BD en une série 2D de 52 épisodes. Le projet prône la créativité à travers les “visions” loufoques de son héros. Waooh! réalisera l’animation de 39 épisodes, garantissant une activité soutenue jusqu’en février 2027 et mobilisant 17 équivalents temps plein sur l’année.
Enfin, Migali, Princesse araignée (Bardaf ! Productions), réalisée par Cédric Fremeaux, représente le plus gros volume de dépenses de la session pour l’animation, avec plus de 1,9 million d’euros investis en Wallonie. Cette série rythmée met en scène une princesse-araignée à l’énergie dévastatrice. Le studio Waooh! se voit confier une part importante du travail : supervision des designs, storyboards, layout complet et animation de la moitié des épisodes. Cet investissement massif garantit 5.500 jours-homme, soit 25 équivalents temps plein sur un an au sein du studio. Soutenu par des diffuseurs majeurs comme TF1 et la RTBF, ce projet ancre durablement le savoir-faire liégeois dans le paysage de l’animation européenne.
Rendez-vous en janvier
Cette 127e session clôture l’année sur un bilan économique impressionnant, prouvant que la stratégie de sélectivité et de diversification de Wallimage porte ses fruits. Tous les chiffres seront détaillés lors de la présentation de notre bilan le 11 mars dans le cadre du festival du film de Mons.
L’an prochain, quatre sessions seront organisées pour continuer à alimenter cette dynamique vertueuse. À vos agendas : la date limite de dépôt pour la première session de 2026 est d’ores et déjà fixée au jeudi 15 janvier.